Gustave Eiffel, pionnier de l'aérodynamique - Exposition et conférence d'Aéro Eiffel 100 au siège de la DGAC - page 314

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Pégase n° 137 – juin 2010
de Modane le nom de
Soufflerie Paul Dumanois
voulant
ainsi témoigner, en lapersonne de l’animateur principal, de
la gratitude du pays à l’égard de tous ceux qui ont contri-
bué, avec lui, à l’édification de ce monument de la science
aérodynamique».
Le 11 janvier 1951 André Maroselli
inaugure la soufflerie de Modane. Sa construction se
sera échelonnée de septembre 1945, avec les premières
reconnaissances sur le site au 19 octobre 1950, date de
la première rotation d’un des deux groupes turbine/ven-
tilateur. Grâce à l’action énergique de ces premiers aéro-
dynamiciens de l’Onera, la France fût dotée d’une instal-
lation capitale pour faire progresser les connaissances
dans le domaine et développer l’industrie aéronautique.
Cette gigantesque soufflerie à énergie hydraulique est
la concrétisation du projet proposé en 1939 au minis-
tère de l’Air par M. Pierre et H. Girerd et proposé à nou-
veau au GRA après l’armistice. P. Dumanois pourra ainsi
rendre hommage à
«MM. Pierre etGirerd, qui ont dirigé le
démontage et la reconstruction, ayant ainsi, par un effet
de justice immanente, la joie de réaliser un programme
qu’ils avaient établi autrefois»
. Quant au premier direc-
teur de l’Onera, M. Jugeau, il précisait en 1948 :
«Nous
ne pouvons espérer être les premiers en tout, mais nous
pouvons l’être sur certains points et pour peu que les pou-
voirs publics s’y intéressent, nos techniciens retrouveront
le poste de première ligne que, pendant tant d’années, ils
eurent dans l’essor de l’aviation mondiale»
. Venu sur le
site de Modane en 1952 avec le secrétaire d’État à l’Air
PierreMontel,AlbertCaquot, président du conseil scien-
tifique de l’Onera, lequel était à l’origine de la grande
soufflerie de Chalais-Meudon, confirmera ce point de
vue en prophétisant
«Demain la France retrouvera en
aéronautique son premier rang par de telles mises au point
scientifiques»
. M. Roy, quant à lui, informera le person-
nel de l’Onera de l’achèvement de la soufflerie sonique
de Modane-Avrieux en déclarant que l’essai réalisé en
avril 1952 qui a permis à une trombe d’air de 8 mètres
de diamètre d’atteindre une vitesse de 1200 km/h avec
un débit de 10 tonnes par seconde
«constitue unauthen-
tique record mondial »
.
Soixante ans d’essais dans la grande
soufflerie
La Grande Soufflerie, qui est opérationnelle au début
des années 50, fait alors l’objet de nombreux articles
dans la presse régionale et nationale. Parmi les titres
de journaux, « 
la cathédrale des tempêtes
» fera florès.
Le Figaro titre sa chronique aéronautique
«A la souffle-
rie de Modane, grande comme une cathédrale, la vitesse
du vent sera dix fois celle des plus fortes tempêtes »
. Il
est vrai que le gigantisme de l’installation et ses perfor-
mances sont propres à susciter l’admiration dans cette
France de l’après-guerre en reconstruction.
Une installation géante
La soufflerie a la forme d’un rectangle dont les dimen-
sions extérieures sont de 174 x 63,5 mètres. Le conver-
gent, à section circulaire, est construit en tôles relati-
vement minces (8 à 12 mm) soudées électriquement et
renforcées à l’extérieur par des nervures. Dans la partie
utilisée comme chambre d’expériences, le diamètre
est de 8 mètres, mais il s’accroît jusqu’à atteindre 24
mètres à l’entrée du convergent. Un système d’aubes,
installé dans les coudes, permet de dévier de 90° les
filets d’air sans que l’écoulement soit troublé. En tout,
la longueur développée du tunnel est d’environ 390
mètres. En raison de la viscosité, la couche limite de l’air
qui est en contact avec les parois du convergent circule
à moindre vitesse que l’air au cœur de la veine. D’autre
part, le frottement échauffe les filets d’air qui circulent
près des parois. Pour y remédier, une fente annulaire est
disposée juste au niveau du début du convergent. Par là,
s’échappent vers l’extérieur une partie de l’air chaud et
la couche limite animée d’une faible vitesse. Cette perte
d’air est compensée, en aval du premier coude suivant
le ventilateur, par l’admission d’air frais dans une zone
où la légère dépression existant dans la veine aspire l’air
extérieur qui circule dans deux colonnes creuses et pro-
filées, munies de volets dont on peut régler l’ouverture.
La circulation d’air est assurée par deux roues d’un dia-
mètre de 15 mètres tournant en sens inverse et munie
l’une, de 10 pales et l’autre, de 12 palesmétalliques à pas
réglable. Ces ventilateurs sont entraînés chacun par une
turbine Pelton développant 50.000 CV. Actuellement,
pour alimenter ces turbines, 10 millions de m
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d’eau
par an proviennent de plusieurs retenues d’eau gérées
par EDF, tels les réservoirs du Mont-Cenis, du plan aval
d’Aussois. Depuis le barrage qui surplombeAvrieux, une
chute d’eau de 840 mètres alimente le centre par une
conduite forcée dont le débit est de 15 m
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/s.
Après l’inauguration de 1950, la période de mise en
route s’étend sur deux ans encore et c’est seulement
en octobre 1952 que le premier essai industriel marque
le début d’une exploitation intensive qui ne commen-
cera véritablement qu’en 1954 avec une diversité qu’on
n’escomptait pas au départ. Une revue exhaustive des
essais effectués dans la Soufflerie S1 de Modane au
cours de six décennies sortant du cadre de cet article,
on se bornera à évoquer la variété des essais accom-
plis durant cette période dans les divers domaines de
l’aérodynamique, montrant ainsi que cette installa-
tion a été le fer de lance des recherches appliquées
pour l’industrie aéronautique française. Avec sa veine
d’essai d’une section de 50 m
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et de 14 mètres de lon-
gueur, elle peut accueillir de grandes maquettes, voire
des prototypes à échelle 1. Aucune autre soufflerie au
monde n’est capable d’atteindre Mach 1, 1 200 km/h, la
vitesse du son, dans de telles dimensions !
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