Aviation civile, une administration dans Paris , 1919-2009 - Pierre Lauroua - DGAC, Collection mémoire de l'aviation civile - page 51

Dans la partie de l'Empire libérée par les débarquements
au Maroc et en Algérie le personnel est soit militarisé
et affecté aux unités combattantes, soit affecté
sur place et maintenu sous les drapeaux.
Une naissance difficile
Après 1944, les personnels du STS et du SPAé et le
personnel civil du secrétariat général à la Défense aérienne
se retrouvent à Paris avec l'embryon militarisé d'Afrique
du Nord et l'organisation mise sur pied par la France libre.
La militarisation du personnel prend fin six mois après la
fin des hostilités en Europe. Rescapés de la déportation et
prisonniers de guerre reprennent peu à peu leurs fonctions.
La fusion entre les différentes entités est loin d'être aisée,
d'autant qu’elle s’accompagne d’un intense recrutement
de navigants et parachutistes récemment démobilisés, de
fonctionnaires des organismes créés par Vichy pour répartir
la disette et de résistants impliqués dans les opérations
aériennes : les effectifs augmentent considérablement.
Durant les années sombres, beaucoup de progrès ont été
accomplis à l'étranger dans l’aéronautique ; de nouvelles
techniques ont vu le jour, dans le contrôle de la circulation
aérienne avec l’arrivée de la radiotéléphonie et en matière
de navigation et d’atterrissage. Il s'agit maintenant d'installer
partout en France le matériel
ad hoc
. Le recrutement exercé
fait entrer dans les rangs de la navigation aérienne toute une
série de nouveaux spécialistes, la plupart âgés de moins
de 25 ans, venant d’horizons divers : radio méharistes
de la colonne Leclerc à la conquête du Fezzan, jeune
radios recrutés par le STS en 1941 et revenus des camps
de déportation, diésélistes ex-sous-mariniers, anciens
navigants de l’armée de l’Air, brevetés pilotes frais émoulus
des écoles anglo-saxonnes dont certains retourneront un
peu plus tard à une activité de pilote commercial, anciens
parachutistes, Mosellans pilotes de Ju-88 en 1944… Tous
sont animés d’une même volonté, qui s’accommode mal des
pratiques héritées de l’avant-guerre que les cadres restés en
poste s’efforcent de remettre au goût du jour. Ces derniers
semblent d’ailleurs montrer quelques réticences à accepter
les résistants, aux méthodes quelque fois expéditives.
En définitive, la constitution du SGACC sera difficile. La
nécessaire réconciliation n’empêchera pas sentiments
d’injustice et rancœurs de se manifester au sein des
services, notamment dans les périodes de tension sociale.
Histoire d’un résistant
Pour ce qui concerne les résistants de l’aviation qui
deviendra civile, le cas de Paul Babet est exemplaire. Entré
au ministère de l’Air comme dessinateur-projeteur au service
technique de l’Aéronautique, section de l’Infrastructure, il
est breveté pilote des corps techniques. Son service se replie
à Roanne après la débâcle. En juillet 1941 Jean Nocher le
fait entrer dans la résistance active. Diffusion de journaux
clandestins, collecte de renseignements… il est chargé
ensuite d’identifier des terrains susceptibles de recevoir des
parachutages et, si possible, des atterrissages clandestins.
Il parcourt la campagne avec Gérard Hennebert, comme
lui pilote des corps techniques, jusqu’à leur arrestation en
septembre 1942. Il est libéré sous surveillance le 7 avril
1943 par la cour de 1
ère
instance de Lyon afin que la police
puisse remonter la filière ; mais il échappe à la surveillance et
rejoint le réseau Carte, branche méditerranéenne du
Special
Operations Executive
(SOE). Il y officie comme contrôleur
des opérations aériennes à la SAP (section atterrissages
et parachutages) pour les vols clandestins et commence
à préparer l’implantation des premier maquis. Devenu
« Robert » puis « Pape 3 », il est attaché au député Max
Hymans comme secrétaire et mène une vie itinérante riche
en émotions. Capturé une seconde fois, sur dénonciation, il
goûte aux joies de l’internement administratif puis réussit une
nouvelle évasion. La Libération venue, décoré de la Légion
d’honneur et de la prestigieuse
King’s medal for courage
britannique, il rejoint le SGACC comme chargé de mission ;
mais il ne suivra pas son patron à Air France en 1948.
Parmi les premiers à voler au sein du groupement aérien,
il est affecté à l’inspection générale de l’Aviation civile lors
de sa création et cumule les fonctions de pilote et celles
de spécialiste. Intégré comme ingénieur d’exploitation, il
s’intéresse au développement de l’aviation sportive et œuvre
à la création du cercle aéronautique du SGACC à Saint-Cyr-
l’Ecole, dont il deviendra président. Toujours prêt à piloter
un inspecteur en tournée, il fréquente tous les terrains de
France et de Navarre, s’entretenant avec les présidents
d’aéro-clubs et s’efforçant de résoudre leurs problèmes de
matériel aérien et de hangars. Décoré de la médaille de
l’Aéronautique et de bien d’autres récompenses, il s’éteint
en février 2002 après une longue carrière toute entière
consacrée à favoriser l’accès des jeunes au pilotage.
L’armée de l’Air en avait fait un commandant,
l’Aviation civile s’est bornée à lui donner l’avancement
réglementaire, sans les promotions que sa fierté
ne lui permettait pas de solliciter.
7 novembre 2011.
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